Comme La Lune

pièce poétique (en chantier)

Texte : Florent Barat
Mise en voix et en musique : Amélie Lemonnier, Emilie Praneuf, Le Skeleton Band.
Graphisme : Marine Vanhaesendonck

« Comme La Lune » est un texte que j’ai écrit au début des années 2000. « Écrit » n’est pas forcément le mot juste. C’est un texte que je me suis dicté, scandé, hurlé, murmuré. Enregistré sur un dictaphone puis retranscrit et enfin abandonné longtemps dans un tiroir. Abandonné mais jamais oublié. Parce que ce texte est un cri (de rage et d’espoir) ; parce que les luttes (qu’il encourage), l’ironie (qu’il dénonce), les injustices (qu’il saigne), l’amour (qu’il attend) ne sont pas morts ; il n’eut de cesse de résonner en moi.

La nature orale de ce texte, ne se suffisait plus de la position allongée sur papier (et encore moins de l’obscurité du placard). Pendant plusieurs années j’ai réfléchi à un média de transposition qui donnerait toute son ampleur à Comme La Lune. Il fallait que ce long poème soit mis en voix, en musique, en scène. Prenne une dimension organique. Émerge d’une collision à la croisée d’horizons.

Au printemps 2011, une discussion avec deux comédiennes (Émilie Praneuf et Amélie Lemonnier) et un musicien (Alexandre Jacob) a remis « La Lune » sur le devant de la scène. Tous avaient déjà lu le texte, il y a plusieurs années, une tentative de mise en voix et en musique avait même été entreprise (mais avortée par manque de temps, d’expérience, de moyens) ; et tous ont accepté de s’engager à nouveau dans cette aventure.

À la sortie du tiroir, Comme La Lune a évidemment été passé au scanner de la décennie passée. C’est avec un certain étonnement que je l’ai trouvé encore pas mal pour son âge, pas trop rouillé, pas trop dépassé, encore dans le coup. Une ré-écriture a tout de même été nécessaire. Certains passages ont été supprimés, certains remplacés par d’autres plus actualisés, essayant de travailler sur une politisation plus précise, contemporaine, tout en ne trahissant pas le trajet qui nous a menés jusque-là.

Ce sont donc deux comédiennes qui se partageront le rôle de la Lune. Deux voix pour une même parole, deux voix pour deux facettes d’un même personnage. L’obscure et la claire.

Oscillant entre envolées lyriques et réalisme cinglant, le texte sera tour à tour parlé, scandé, chanté pour le ramener à ses caractéristiques originelles, son impulsivité, son besoin impérieux de sortir, de s’évacuer, de se dire.

Émilie Praneuf et Amélie Lemonnier seront accompagnées sur scène par trois musiciens (Alexandre Jacob, Salsky jr. et Bruno Jacob, qui forment Le Skeleton Band à découvrir ici : http://www.leskeletonband.com)

La musique oscillera également entre élan et discrétion, jouant sur l’alternance de longues plages, de longs souffles musicaux et de soubresauts, de dérapages et débordements.

Comme La Lune c’est le discours d’une Lune (peut-être celle qu’on connaît) sur une Terre (sûrement la nôtre). C’est un regard lointain posé sur nos failles intimes. 

Extrait  :

(...) mais il va bien falloir que du fond de la fosse
 
l’odeur les rappelle à leurs crimes passés
 
que le sang sur la lame rouillée de la faux
 
qu’ils brandissent encore finisse par sécher
 
pour qu’ils périssent enfin de sanglots et de hontes
 
massacrés les ancêtres arrachées les racines
 
et quand les jambes vacillent les jumelles s’effondrent
 
d’ivoire à la poussière les tours c’est comme les tombes
 
pour l’argent qu’elles enterrent sous les corps des martyrs
 
C’est des murs qui s’érigent pour protéger leurs riches
 
leurs bons leurs démocrates des barbares terroristes
 
qui se battent pour paix justice démocratie
 
non d’abord respirer manger et puis boire
 
accessoirement aimer
 
dans l’espoir de survivre la bouche pleine de terre
 
promise à l’avènement du siècle xénophobe (...)

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